Benoît, vétérinaire d’autoroute, a vécu une expérience professionnelle inhabituelle cette semaine après avoir renversé son café sur son ordinateur.
Privé de son principal outil de travail, il a dû se rendre directement dans un élevage. Une première depuis longtemps.
« Sur le coup, j’ai cru que ma journée était foutue. »
Sans ordinateur pour renouveler les protocoles et préparer les commandes, Benoît a finalement accepté de monter dans sa voiture.
« J’avais déjà vu des élevages, évidemment. Mais généralement depuis la nationale. »
Après 25 minutes de route et deux appels à l’éleveur pour trouver l’entrée, il arrive sur l’exploitation.
Le choc est immédiat.
« Déjà, l’odeur pour commencer. Sur les photos des bilans sanitaires, on ne l’a pas du tout. »
Il comprend que par téléphone on ne detecte pas tout, l’éleveur lui avait dit que ça ne pouvait pas être l’alimentation qui posait problème.
« Quand j’ai vu le foin, j’ai vite compris que ça allait être un gros client cette année. »
Au détour d’un bâtiment, il croise un confrère en train de terminer une césarienne.
Benoît le trouvera étonnamment peu aimable.
« Il m’a à peine répondu. Après, il avait peut-être passé une mauvaise nuit. »
En le regardant terminer son intervention, Benoît est soudain pris d’un élan.
Après tout, lui aussi sait faire des actes.
Il se voit déjà reprendre quelques visites, participer aux urgences, soulager les confrères et contribuer au maintien du maillage vétérinaire dans les campagnes.
« Je me suis dit que j’avais peut-être un rôle à jouer. »
Il demande alors à l’éleveur combien vient de lui coûter la césarienne.
L’élan durera moins d’une minute.
« Je me suis dit que le maillage était finalement entre de bonnes mains. »
Avant de repartir, Benoît rajoutera tout de même un flacon de pénicilline à la commande de l’éleveur.
« Ça lui évitera d’en manquer. »
À la fin de la visite, l’éleveur lui propose un café.
Une attention qui touchera particulièrement Benoît.
« J’avais souvent entendu mes confrères parler du café chez les éleveurs. Je comprends mieux pourquoi ils mettent du sucre. »
Il en mettra trois.
Depuis, Benoît dit s’interroger sur un sujet jusque-là peu évoqué dans la profession.
« Faudrait peut-être quand même faire une étude sur le diabète chez les vétérinaires ruraux. »
La discussion se poursuit sur le prix des aliments, du matériel, du gasoil et sur ce qu’il reste réellement à l’éleveur à la fin du mois.
« J’ai cru qu’il parlait de la semaine. »
Cette journée lui aura malgré tout permis de retrouver, selon ses mots, « une seconde jeunesse ».
Il a même découvert un avantage inattendu aux visites.
« Si j’apporte les médicaments moi-même, j’économise les frais de livraison. »
Une paire de bottes aurait depuis fait son apparition dans son coffre.
Interrogé en off sur la possibilité de retourner plus régulièrement sur le terrain, Benoît reste toutefois prudent.
« Avec la canicule cet été, j’étais quand même bien dans mon bureau avec la clim. »







